Les lauréats de l’OFPPT tiraillés entre deux tutelles

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Les lauréats de l’OFPPT tiraillés entre deux tutelles

Message par Mr.Ayoub le Ven Nov 29, 2013 9:06 pm

Une vraie purée de pois et les lauréats de la formation professionnelle y pataugent, sans aucune visibilité sur leur avenir, en plein brouillard donc. À quelques jours de la rentrée universitaire et alors que les étudiants universitaires sont en plein processus d’inscription, les lauréats de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion de l’emploi (OFPPT) ne savent plus vers quel saint se vouer pour sauver leur cursus académique, pour ceux qui en ont l’ambition bien sûr, et ils sont nombreux. En effet, diplôme en main, ces lauréats BAC+2, essentiellement formés à l’Institut spécialisé de technologie appliquée (ISTA), se voient privés de l’une des rares passerelles académiques qui leur sont ouvertes, celle des licences professionnelles. «Ni l’Université de Casablanca, ni les écoles privées accréditées ne nous ont permis de passer les concours d’accès, alors qu’au cours de notre cursus, et dès notre inscription, l’on nous avait promis la mise en œuvre de cette passerelle», s’indigne une lauréate de la filière «réseau» à l’ISTA. «Nous ne savons plus quoi faire, ils n’auraient jamais dû faire miroiter cette possibilité s’ils ne comptaient pas tenir leur engagement», se révolte un autre lauréat, écœuré de la tournure morbide qu’est en train de prendre son avenir estudiantin et professionnel.

Deux tutelles, pas de tutelle
Il faut dire qu’il y a de quoi être «écœuré», surtout que la situation décrite par les lauréats de la formation professionnelle s’est avérée, en pratique, fondée, mais tout d’abord, il est indispensable de rappeler une donnée essentielle : l’OFPPT et (donc l’ISTA), est non pas sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres, chapeautée par Lahcen Daoudi, mais sous celle du département de l’Emploi et de la formation professionnelle, dirigée par Abdelouahed Souhail. Une donnée qui a une importance capitale et qui explique une bonne partie de la cacophonie sur ce sujet, sans parler de l’indépendance avancée dont jouissent les universités (lire déclarations). Les ÉCO ont mené l’enquête auprès de l’ensemble des parties prenantes dans ce dossier, et l’on peut d’ores est déjà donner une première conclusion : la plupart des lauréats de l’OFPPT, qui affichent l’ambition de poursuivre leurs études sont bel et bien dans l’impasse ! Une enquête qui, en plus de confirmer l’état de fait, met le doigt sur de graves dysfonctionnements dans l’enseignement et la formation marocains, comme l’on pouvait s’y attendre d’ailleurs. Ainsi, les différents intervenants naviguent à vue, en pleine cacophonie, sans coordination, et se rejettent les responsabilités, chacun avançant ses arguments, souvent contradictoires.

Licences pro’, victimes de leur succès
Un constat fait toutefois l’unanimité dans ce dossier. Le manque de moyens, de matériel, de locaux et d’effectifs, en plus de l’engouement grandissant des étudiants pour les cycles de licences professionnelles. En effet, ces filières, très prisées pour leur formation professionnalisante et très demandées par le marché du travail pour la qualité de leurs lauréats, affichent des disponibilités très limitées dans l’absolu et même absurdes, si on les rapporte au nombre d’étudiants qui y sont éligibles. «Au niveau de Casablanca, chaque filière de licence professionnelle compte un effectif ne dépassant pas 25 étudiants, vu la nature de la formation, ce qui fait un total d’à peine 500 places», indique Idriss Mansouri, vice-président de l’Université Hassan II de Casablanca, chargé des affaires pédagogiques et académiques, alors que le nombre des seules étudiants de l’OFPPT, toutes filières et années confondues, dépasse les 70.000, sans parler des lauréats issus des cursus académiques. C’est dire combien l’offre de formation est ridicule dans le cadre de ce type de cursus. Ceci dit, tous les étudiants ne sont pas logés à la même enseigne.

Chacun ses poulains !
Sans nul doute, les étudiants universitaires sont nettement privilégiés face à leurs camarades de la formation professionnelle. «Il n’y a aucun texte qui encadre les passerelles entre la formation professionnelle et l’université», avance Mansouri, pour qui les lauréats de l’OFPPT reçoivent une formation de seconde zone. «Oui, nous privilégions nos étudiants, mais seulement parce qu’ils ont les prérequis pédagogiques, contrairement à la majorité des lauréats de l’OFPPT», poursuit-il, enfonçant ainsi le clou.
Il est extrêmement curieux d'entendre le numéro un de l’université de Casablanca avancer que les diplômes des lauréats de l’ISTA, Bac+2 délivré par l’État, «n’ont pas d’équivalence avec les DEUG», délivrés par les universités. Cette allégation est catégoriquement démentie par le département de Daoudi. «Les diplômes délivrés par l’OFPPT sont des diplômes d’État, au même titre que le DEUG. Il va de soi qu’ils n’ont pas besoin d’équivalence», nous explique Mohamed Abousalah, directeur de l’enseignement supérieur et du développement pédagogique au ministère de l’Enseignement supérieur, mettant ainsi les choses au clair.

Ségrégation des écoles privées
Pendant ce temps, le département de l’Emploi et le DG de l’OFPPT, Larbi Bencheikh, encensent l’excellence des lauréats de ces instituts, et mettent en avant l’adaptation des formations de l’office aux prérequis des licences professionnelles, ce qui semble, de prime abord, cohérent. Cependant, ce que tous oublient, c’est avant tout l’intérêt des étudiants et lauréats, notamment les plus méritants et les plus ambitieux. Face aux «portes fermées» de l’université, nombre d’entre eux se sont tournés vers les écoles privées accréditées pour poursuivre leurs études. Seulement voilà, à leur grande surprise, ces dernières leurs ferment également l’accès aux concours, prétextant «attendre le feu vert du ministère de l’Enseignement supérieur». Nous avons tenté l'expérience, ce qui nous a permis de confirmer les dires des lauréats. «Il n’y a en aucun cas le besoin du feu vert du ministère pour intégrer des lauréats de la formation professionnelle, après la procédure de présélection bien entendu», tranche Abousalah, directement concerné par la question auprès du département de Daoudi. Alors, discrimination des écoles privée envers les lauréats des filières professionnelles ? La question se pose légitimement. En attendant, l’avenir de ces jeunes Marocains reste entre parenthèses…

Larbi Bencheikh,
Directeur général de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT)
Les ÉCO : Les lauréats des instituts de l’OFPPT n’arrivent pas à avoir accès aux licences professionnelles dans les universités.
Est-ce vrai ?
Larbi Bencheikh : Effectivement, nous sommes conscients des difficultés rencontrées par nos lauréats Bac+2 dans l’accès en 3e année de licence professionnelle disponible dans les universités. Nous sommes d’ailleurs en discussion à ce propos avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour essayer de trouver une solution.

Quelles sont les raisons qui sont derrière ce blocage ?
C’est d’abord une question de disponibilité de places, d’effectifs pédagogiques et d’équipements. J’ai l’impression que les universités mettent en place des quotas serrés pour les lauréats de la formation professionnelle car il y a un engouement particulièrement important pour les nouvelles licences professionnelles, surtout que la formation de nos lauréats est parfaitement adaptée au cursus proposé dans le cadre de ces licences professionnelles.

Pourtant, d’autres disent que les lauréats de l’OFPPT n’ont pas suffisamment d’acquis pédagogiques pour intégrer les troisièmes années des licences pro…
Non, c’est complètement le contraire ! Nous avons des jeunes à très fort potentiel, et une majorité de ceux qui ont intégré les licences professionnelles affichent d’excellents résultats, et décrochent leurs diplômes avec des mentions qui peuvent aller jusqu’à la mention «très bien».

Quelle sera l'issue pour les lauréats selon vous ?
Concrètement, l’Office a fait une proposition aux universités pour débloquer la situation. Puisqu’il s’agit d’un problème de locaux, de matériel et d’effectif, nous nous chargerons d’accueillir une bonne partie de la formation au sein de nos locaux et avec nos équipements. Pour cette année universitaire, nous pourrons accueillir environ 600 étudiants en 3e année de licence professionnelle à Casablanca, qui se verront dispenser une partie des modules au sein et avec les moyens des établissements de l’OFPPT, l’autre partie étant assurée par l’Université de Casablanca qui délivrera le diplôme. C’est une première. 

 
L’université privilégie ouvertement ses étudiants
«Effectivement, il sera très difficile pour les lauréats de la formation professionnelle d’intégrer les troisièmes années des licences professionnelles dispensées par l’Université. Les discussions sur les partenariats dans ce sens n’ont pas abouti, et la situation est intenable vu le nombre important de demandes d’inscriptions et le nombre particulièrement restreint des places disponibles dans les cursus de licences professionnelles», explique Idriss Mansouri, vice-président de l’Université Hassan II de Casablanca. «En plus, nous avions ouvert nos portes aux meilleurs lauréats de l’ISTA, mais ils n’ont pas donné satisfaction sur leurs acquis pédagogiques, ce qui a poussé le staff pédagogique à recaler plusieurs d’entre eux en deuxième année, afin d’atteindre le niveau requis. Par ailleurs, il n’y a aucun texte qui encadre les passerelles entre la formation professionnelle et l’université. Maintenant, il n’est pas question d’interdire purement l’accès, et nous n’avons en aucun cas affiché des notes excluant les lauréats des instituts de l’OFPPT. À mon avis, il faut encadrer tout le processus, et mutualiser les moyens pour ces étudiants. Nous ne sommes malheureusement pas allés assez loin dans ce sens. De toute façon, nous n’avons pas les locaux suffisants, et aucun texte officiel n’oblige les universités à inscrire les lauréats de l’OFPPT en licence professionnelle, qui, comme le nom de leur cursus l’indique, doivent avant tout être destinés au marché du travail. Oui, nous privilégions nos étudiants, mais seulement parce qu’ils ont les prérequis pédagogiques, contrairement à la majorité des lauréats de l’OFPPT», étaye Mansouri.

 
Bencheikh promet 600 places à Casablanca pour la rentrée
Pour la rentrée universitaire 2013/2014, 600 étudiants se verront accorder des places à l’université Hassan II de Casablanca. Selon le directeur général de l’OFPPT, Larbi Bencheikh, ces étudiants en 3e année de licence professionnelle se verront dispenser une partie des modules au sein de l’office avec les moyens des établissements de l’OFPPT. L’autre partie des cours sera assurée par l’Université de Casablanca qui délivrera également le diplôme. Il s’agit là d’une première expérience qui verra le jour à Casablanca, et que l’OFPPT espère pouvoir généraliser à d’autres villes du royaume dans les prochaines années. Certes, l’expérience constitue une alternative qui permettrait de traiter en partie cette problématique, mais il reste à mesurer son véritable impact, surtout que, jusque-là, les détails ainsi que les modalités d’accès pour les étudiants n'ont pas encore été clairement définis. Une autre question doit être posée: les 600 places seront-elles exclusivement réservées aux lauréats des instituts de Casablanca ou seront-elles accessibles à ceux des autres villes, en attendant que le projet soit étendu? Il est à noter que l'Université de la métropole n'a pas encore confirmé cette possibilité.

 
Les diplômes délivrés par l’OFPPT sont des diplômes d’État, au même titre que le DEUG. Il va de soi qu’ils n’ont pas besoin d’équivalence. Maintenant, les passerelles vers les licences professionnelles ne sont pas automatiques, et sont soumises à des concours d’accès. Les lauréats de l’ISTA (OFPPT) se retrouvent donc en concurrence avec les lauréats des EST et des détenteurs de BTS. Pour
ce qui est des écoles privées accrédités, contrairement à ce qu’elles prétendent, il n’y a en aucun cas le besoin du feu vert du ministère pour intégrer les lauréats de la formation professionnelle, après la procédure de présélection bien entendu.

Mohamed Abousalah,
Directeur de l’enseignement supérieur et du développement pédagogique, ministère de l’Enseignement supérieur.
 
Légalement, les bac+2 des cursus professionnels ont le droit d’accéder en passerelle en 3e année de licence professionnelle, tout comme aux cursus des écoles privées. Toutefois, le dernier mot revient à l’université. Chaque université définit son seuil pour chaque métier. Puisqu’il n’y a pas d’automaticité d’admission des lauréats «pro», les universités ont effectivement tendance à privilégier leur propre production, notamment les lauréats de l’EST, même si les lauréats de la formation professionnelle ont plus d’aptitudes à suivre les formations en licences professionnelles et les universités étrangères leurs ouvrent les portes d’accès sans aucun problème particulier. Les universités peuvent organiser des sélections selon leurs critères pédagogiques, mais ils ne peuvent en aucun cas leurs interdire l’accès. Malheureusement, chacun défend son territoire. Il ne faut pas qu’il y ait de ségrégation à ce niveau, mais un système de pure méritocratie.

Driss Yacoubi,
Directeur de l’Enseignement supérieur, au ministère de l’Emploi et de la formation rofessionnelle.

Source : leseco.ma


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